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Le standard officiel du Lusitanien expliqué point par point

Quand on cherche à acheter un Lusitanien, ou simplement à mieux comprendre cette race, on tombe tôt ou tard sur le standard officiel établi par l’APSL. Un document technique, parfois aride, qui décrit avec précision ce qu’est censé être un Lusitanien de race pure. Ce qu’on explique rarement, c’est pourquoi ces critères existent, ce qu’ils disent de l’histoire de la race, et comment les lire concrètement quand on se retrouve devant un cheval.

Qu'est-ce que le standard officiel et pourquoi lui faire confiance ?

Le standard de la race Lusitanienne a été établi après la crise de 1974-1975, quand un groupe d’éleveurs et de techniciens a décidé de redéfinir avec rigueur ce que devait être le Lusitanien. Ce travail a été conduit par un petit groupe présidé par Fernando d’Andrade, avec Guilherme Borba, Filipe Graciosa, Fernando Palha, Alfredo Baptista Coelho et Luis Cabral.

Ce qui rend ce standard crédible, c’est ce qui s’est passé trente ans après sa rédaction. Tous les juges portugais de la race ont été réunis pour une réévaluation complète. Résultat : aucune correction n’a été jugée nécessaire. Dans le monde de l’élevage, où les standards évoluent régulièrement sous la pression des modes et des marchés, c’est une forme de validation rare.

Le standard est aujourd’hui géré par l’APSL, qui en est responsable pour l’ensemble du cheptel mondial. Car le Lusitanien a une particularité unique dans le monde équin : son livre généalogique est universel. Un cheval inscrit au Stud Book lusitanien a droit à la désignation de race quel que soit son pays de naissance. C’est le même standard qui s’applique à Lisbonne, à Paris ou à São Paulo.

Le standard du Cheval Pur-Sang Lusitanien

Le standard définit le Lusitanien comme un cheval eumétrique, médiolinaire et subconvexilinéaire. Traduit en termes accessibles : un cheval de taille et de poids moyens, aux proportions équilibrées, avec des formes arrondies plutôt qu’anguleuses.

La silhouette doit pouvoir s’inscrire dans un carré. Cela signifie que la hauteur au garrot et la longueur du corps sont sensiblement égales. C’est un critère d’équilibre important : un cheval trop long dans le dos perd en maniabilité, un cheval trop court perd en amplitude. Le carré, c’est la recherche d’un équilibre entre les deux.

La taille mesurée au garrot à 6 ans est de 1,55 m pour les femelles et 1,60 m pour les mâles, pour un poids d’environ 500 kg. Ce n’est pas un grand cheval. Ce n’est pas non plus un petit cheval. C’est un cheval proportionné, construit pour la légèreté et la maniabilité plutôt que pour la puissance brute.

La tête : le profil subconvexe, un marqueur d'identité

C’est probablement le point du standard le plus discuté, et celui qui a fait l’objet de la modification la plus significative entre la version de 1967 et la version actuelle.

Le standard actuel stipule que la tête doit présenter un profil légèrement subconvexe, avec un front légèrement convexe, saillant entre les arcades sourcilières. En clair : le fameux profil busqué, légèrement bombé, caractéristique du cheval ibérique.

Ce qui est important à comprendre, c’est ce que le standard refuse explicitement : un profil droit. Et cette exclusion n’est pas anodine. Comme l’explique João Costa-Ferreira dans les ouvrages de référence de l’APSL, il serait absurde de parler de la renaissance d’une race aussi ancienne en acceptant que l’une de ses caractéristiques les plus marquantes puisse être son contraire. Le profil subconvexe est un marqueur d’identité raciale fort, déterminant pour l’homogénéité de la population. Un cheval au profil droit peut être un beau cheval, mais ce n’est pas un Lusitanien typique.

La tête doit être bien proportionnée, de longueur moyenne, fine et sèche, avec une branche montante de la mandibule peu développée et des joues relativement longues. Les yeux sont elliptiques, grands, vifs et expressifs. Les oreilles sont de longueur moyenne, fines, délicates et expressives. C’est une tête qui transmet quelque chose : la présence, l’intelligence, l’attention portée à ce qui l’entoure.

Lusitanien

L'encolure et le garrot

L’encolure est de longueur moyenne, arrondie, avec une crinière fine. Elle est étroitement attachée à la tête, large à la base, et bien insérée dans les épaules. Elle émerge du garrot sans dépression prononcée. Cette insertion est importante : une encolure bien sortie des épaules favorise la légèreté naturelle et facilite le travail en collection.

Le garrot est bien défini et ample, en transition harmonieuse entre le dos et l’encolure. Il est toujours légèrement plus haut que la croupe. Ce point est structurellement important : un garrot plus haut que la croupe favorise naturellement un cheval qui porte son poids vers l’arrière, ce qui est la base de la collection et de la légèreté des allures. Chez les mâles entiers, le garrot est recouvert de graisse, mais il se distingue toujours des épaules.

Le dos, le rein et la croupe

Le dos est bien dirigé, tendant vers l’horizontale. Il sert de ligne de liaison lisse entre le garrot et le rein. Un dos horizontal et solide est un atout majeur pour le cavalier : il rend le cheval plus confortable à monter et facilite la transmission des aides.

Le rein est court, large et musclé, légèrement convexe. Il est bien relié au dos et à la croupe, avec lesquels il forme une ligne continue et parfaitement harmonieuse. Un rein court est un gage de solidité et de puissance de propulsion : c’est lui qui transmet l’énergie des postérieurs vers l’avant du cheval.

La croupe est forte et arrondie, bien proportionnée, légèrement oblique, de longueur et de largeur identiques. Son profil est harmonieux et convexe, avec des hanches à peine visibles, ce qui donne à la croupe une section transversale elliptique. La queue émerge en suivant la courbe de la croupe, avec une crinière soyeuse, longue et abondante.

Les membres

Les épaules sont longues, obliques et bien musclées. Cette obliquité est essentielle : une épaule trop droite raccourcit l’amplitude des allures et rend le cheval moins confortable. Une épaule longue et oblique permet une extension plus ample et une foulée plus fluide.

Le bras est bien musclé et angulé. L’avant-bras est bien proportionné et musclé. Le genou est sec et large. Les canons sont longs et secs, aux tendons bien définis. Les boulets sont secs et relativement volumineux, presque sans touffes. Les métacarpes sont relativement longs et obliques. Les sabots sont de bonne constitution et bien anguleux, avec des talons peu ouverts.

À l’arrière-main, les fesses sont courtes et bombées. La cuisse est musclée et courte, avec la rotule alignée verticalement avec la pointe de la hanche. La jambe est longue, le jarret aligné verticalement avec la fesse. Le jarret est large, fort et sec. Les membres postérieurs présentent des angles relativement fermés, ce qui favorise l’engagement des postérieurs sous la masse et donc la facilité à se mettre en collection.

Les allures

Le standard décrit les allures comme agiles et relevées, projetées vers l’avant, fluides et très confortables pour le cavalier. Ces quatre caractéristiques ne sont pas indépendantes : elles résultent toutes de la conformation décrite ci-dessus.

Des allures relevées et fluides résultent directement d’une encolure bien sortie, d’un garrot plus haut que la croupe, d’épaules obliques et de postérieurs bien angulés. Ce n’est pas un trait qu’on enseigne : c’est une conséquence mécanique de la morphologie. Un Lusitanien correctement conformé bouge naturellement avec élévation et légèreté.

La notion de confort pour le cavalier est également inscrite dans le standard. Ce n’est pas un détail : un cheval dont les allures sont fluides et bien projetées vers l’avant absorbe les chocs plutôt qu’il ne les transmet. Pour un cavalier qui passe plusieurs heures en selle, c’est une qualité concrète et quotidienne.

Le tempérament

Le standard officiel du cheval pur-sang Lusitanien décrit le tempérament en quatre mots : noble, généreux et ardent, mais toujours doux et patient. À cela s’ajoute une description de l’aptitude naturelle : tendance à la collection, grande prédisposition pour les exercices scolaires, courage et enthousiasme dans les exercices d’équitation active.

Ce tempérament n’est pas séparable de la morphologie. La forme et le caractère du Lusitanien sont deux faces d’une même réalité : ils ont été façonnés ensemble, au fil des mêmes siècles d’utilisation, pour les mêmes usages. Un cheval sélectionné pendant des siècles pour travailler face à un taureau, aux côtés d’un cavalier qui lui fait confiance dans des situations à risque, développe nécessairement un caractère précis : courageux, attentif, généreux, sans être incontrôlable.

Quelles sont les robes du Lusitanien ?

Les robes les plus fréquentes chez le pur-sang Lusitanien sont le gris et le bai. Le rouan et le châtain, dans toutes leurs déclinaisons, sont également des robes représentées dans le cheptel.

Pur-sang Lusitanien

Ce que le standard ne dit pas, mais que vous devez savoir

Le standard décrit ce qu’est un Lusitanien typique. Il ne dit pas que tous les Lusitaniens sont identiques. Derrière ce standard commun, il existe des lignées aux caractéristiques distinctes : certaines plus légères, d’autres plus puissantes, certaines particulièrement douées pour le dressage, d’autres pour l’équitation de travail. Le standard est le socle commun. Les lignées, c’est ce qui vient au-dessus.

Quand vous évaluez un Lusitanien en vue d’un achat, le standard vous donne un cadre de référence. Un cheval au profil droit, à la croupe trop haute ou au garrot peu défini peut être un bon cheval, mais il s’éloigne du type racial. À l’inverse, un cheval qui coche toutes les cases morphologiques du standard ne sera pas forcément adapté à votre projet si sa lignée n’a pas été sélectionnée pour la discipline qui vous intéresse.

Le standard est un point de départ, pas une garantie. La suite de l’évaluation dépend de ce que vous cherchez à faire avec ce cheval.

Cet article s’appuie sur les ouvrages de référence de l’APSL, notamment La race lusitanienne. Un bref historique de sa renaissance, avec les contributions de Pedro Ferraz da Costa, Arsénio Raposo Cordeiro et João Costa-Ferreira.

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